|C|imgp9154.jpg, janv. 2011))
Ici je me prête au jeux du je ...
Qui suis-je ?
La question pourrait être traitée d'une manière épistolaire et télégraphique
et je n'ai pas envie de succomber à la cybernétique ! Mais voilà : si
vous cherchez vous même à y répondre sérieusement vous conviendrez qu'il y a du
boulot !
Qui êtes vous ? Qui es tu ? Qui suis je ? Que suis je à la
limite s'il est rapidement établi que l'égo n'est qu'un fantasme.
Je pose un joker : j'estime avoir le droit de modifier en permanence ce
texte : si vous lui trouvez des incohérences c'est qu'il est comme
moi : en chantier permanent.
Qui suis-je ? Le sais-je moi même ? Hé bien se serait la moindre
des choses : le "Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les
Dieux" de Delphes (revisité par Socrate) est inscrit aussi au fronton de mon
temple intérieur : Eh puis il est un des principes fondateurs de
l'introspection yoguique ; Svadhyaya: la connaissance de soi ou plus
exactement l'enquête sur soi.
C'est comme un paysage intérieur : la connaissance de Soi est posée
comme une pierre sur mon chemin, sous un arbre, ce genre de pierre qui invite à
s'asseoir.
Lorsque je m’assoie là, je vois : l'enquête suis son cours et le fleuve
de ma/ta/notre rêv'alité se déroule sous mes yeux.
"Je" est une gouttelette extraite d'un océan majestueux : "je" sais
cela ! (Juste , il m'arrive de perdre ce contact de cours instants.)
Si je sais cela, je sais aussi qu'il n'y a rien parce que je vais
mourir.
Simultanément il y a une profondeur en moi qui, calme, contemple cette
immensité du néant avec familiarité et peut être bien, nostalgie : un jour
comme le Clown de Michaux , délivré de la pulsion d'être quelqu'un j'irai
là.
Et puis ... Il y a tout parce que je suis conscient et ce tout s’appelle
aussi la vie et "je" suis la vie : autour de moi partout sans interruption
depuis la nuit des temps la vie est.
Je suis celui qui est. Je vis. Je suis. Comme un autre après tout (Je veux
dire qu'il y a une évidence existentielle qui transcende les tentatives
d'explication).
Le jeux de la question "Qui es tu ?" est devenu un classique des stages de
développement personnels : on peut y répondre de tant de manières : à
ce propos ma tendance romanesque voit large, j'ai l'intuition que ce qui
m'arrive est complétement dingue je cherche un ancêtre cosmique pour expliquer
cet état de choses (qui n’est remarquez le, pas seulement le mien mais le
votre, le tien : je suis toi je le sais même si là aussi parfois le
l'oublie. Toi et moi sommes la vie qu'est ce que la vie ?
Même si elle ne prend pas toujours des formes lignées, charnues, poilues,
écailleuses, plumitives, vertébrées ou gluantes : j'ai appris qu'une des
étapes de la vie siège au cœur des étoiles là, la nucléosynthèse engendre les noyaux atomiques qui permettent à la
complexité physico-chimique de se déployer.
La vie est là là là déjà annonçant les gars du village
de Brassens, espérants le sein de Margot, la vie est là, qui mijote à des
millions voire des milliards de degrés kelvins.
Je suis là et je mijote.
Suis-je ses molécules ? Un tas d'énergie ? J'ai l'intuition que
non, pas seulement, et si je poursuis le raisonnement de la physique jusqu'à
son terme j’obtiens un impondérable métaphysique : l'énergie c'est une
propriété du vide... On ne dit pas néant c'est trop effrayant.
Ce que je suis ? D'abord un tas d'énergie rêvé par le néant ! Le
néant c'est ce qui voit en moi et c'est tout ce que je vois : le réel est
voilé et l'univers brule.
Au feu !
Voilà : les espaces infinis effrayaient Pascal et si je n'ai pas peur
c'est que je suis stupide ...
Ainsi si vous me croisez : vite vous me trouverez un peu Nimbus, clown,
haddockien et il y a de l'autiste repenti en moi.
S'il est bien un des aspects de ma "structure" que j'ai exploré c'est cette
dimension in-finie.
Il subsiste un immense espace en moi de terres inconnues (comme si malgré la
recherche, ce genre de questionnement ne me/nous concernait pas et devait
rester secret).
Si je faisais une carte de mon esprit : il y aurait ça et là, près du
centre , comme chez Tolkien, la mention griffonnée : "ici il y a des
Dragons".
Foin de cosmologie : je suis aussi ... Un gars de la campagne ("T'es un
vrai Martin toi !" Me faisait récemment remarquer un ami Parigot
théâtreux).
Il y a un plan historique qui parle, lui aussi, et qui se perd, lui aussi,
dans une nuit des temps plus humaine.
Je viens de passer le cap de la moitié des 95 ans !
C'est justement l'âge de Georgette Germser née Albert ma grand mère (Mais
elle dit qu'elle a 24 ans parce qu'elle est née un 29 février...).
À l'instant où je tape ces mots une cohorte de personnages et d'images
défilent sur le champ cinématographique de ma conscience : Mais ce ne sont
que des anecdotes : les Gestes se sont perdues en grande partie.
Voila ! Nous sommes perdus parce que nous perdu notre Geste.
Seuls les grands ont une mémoire : les humbles n'ont pas de saga, ils
appartiennent à la terre et celle ci est muette.
je vois la tombe de Désiré Meffre mon arrière Grand père maternel :
elle est parfaitement alignée avec des centaines d'autres à Verdun.

Désiré était un gars de la campagne , encore plus que moi , et surement bien
plus aristocrate : il était paysan du temps d'avant la machine à bouffer.
Mais ... Il avait créé un café théâtre à Mévouillon en
Haute Provence et avait prophétisé que ses petits enfants "connaitraient l'art
et la musique".
Un autre étrangeté psychogénéalogique : Joseph Germser, mon arrière
grand père paternel, est mort à 24 ans il s'est noyé à Courbet Marine en
Algérie , il était né un 27 juillet et mort un 27 Avril, ce sont les dates
anniversaires de moi et de mon fils ! Par ailleurs il s'est noyé à 24 ans
et à cette époque de ma vie j'ai bien failli y passer en plongée (Je dois être
à ce propos un des rares bonhomme à avoir récupéré un essoufflement à 40 mètres
de fond).
Mon grand père maternel Paul Mamelonet était Maréchal Ferrant à Buis les
baronnies. Mon grand père paternel Albert Germser était capitaine
mécanicien dans l'armée de l'air : ils attaquaient les nazis depuis des
bases mobiles en plein désert, avec des avions français et américain, il m'a
dit "un jour mon avion est rentré il y avait 600 trous je l'ai ai comptés"; en
tant que mécanicien il était très souvent en l'air. 
J'évoque souvent mes enfants mes grands parents mes parents mon frangin mes
tontons mes tatas mes cousins mes amis mes collègues : que de
Gestes !
"Je" suis cette légion : ils elles sont tous en moi je les emmène
partout.
Et puis il y a "l'histoire à moi".
Je suis né en haute Provence, dans la région au nord du Mont Ventoux :
Nyons, Vaison la Romaine, Buis les baronnies; à 60 km à l'est d'Avignon de son
festival, du lycée Frédéric Mistral prés du fameux pont on l'on danse (J'y ai
fait ma première et ma terminale) et surtout de son cinéma Utopia.
J'ai 47 ans et demi , un frère; Olivier, de 14 mois mon Cadet : il est
trés connu : c'est le chorégraphe de la Compagnie Tango Sumo ... et suis père trés heureux de deux
grands enfants ; Anouk, comédienne chanteuse circassienne et Hugo,
étudiant en cinéma.
Notre maman Mireille est une fille de Buis les baronnies , fille de Paul
Mamelonet (Le Maréchal Ferrant) et de Suzanne Meffre qui a longtemps tenu la
boutique de "la petite ménagère " où l'on trouvait de tout. Notre Papa Guy est
né à Isserville les Isser en Algérie.
A noter que si vous tapez Germser dans un moteur de recherche vous aller
tomber sur plusieurs artistes : Roger (Frère de Guy) et ses enfants
Camille, Raphaëlle et Baptiste... Ils sont professeur de violon au
conservatoire, metteur en scène, actrice et tous musiciens, Lucie la petite
dernière, a baigné dans cette ambiance et elle fait dans la fringue design
avec son chéri Tilman Wröbel.
J'ai eu la chance de pratiquer trés jeunes de nombreuses activités de pleine
nature, corporelles, artistiques & culturelle et ma formation gestuelle
s'étale sur trente huit ans. Elle continue bien sur.
Merci Maman et Papa !
Et puis aussi cette force lutine qui m'invite à dire oui presque à chaque
fois à la perspective de vivre une expérience nouvelle.
Maintenant je dis non mais je vais avoir 50 balais : j'estime que j'ai
gagné le droit de refuser certaines coupes désormais !
J'ai ainsi pratiqué (dans le désordre et entre mêlés) ...
Le théâtre, la danse, le mime, les arts martiaux (le judo, le tir à l'arc,
l'aïkido surtout, et la boxe française), le Do In
et le shiatsu (avec Maitre Sasaki, un samouraï). Et bien sur le Yoga et le
rêve éveillé (avec François & Josseline Lorin, par eux est venu l'époque du
rassemblement) et la photographie, la randonnée, l'escalade, la spéléologie, le
canyonisme, la plongée ... J'ai introduit naturellement la Vidéo depuis 2007
(En suivant Godart : la photographie c'est la vérité et le cinéma c'est 24
fois la vérité par seconde").
Il y a une autre histoire étrange : Mon adolescence (et celle de mon
frère Olivier) s'est déroulée dans un endroit trés particulier, hors du
monde : une école parallèle perdu dans les Pyrénées orientales :
"La Coume", ou fondation
Krüger. Initialement créé par des allemands (Pitt et Yvès Krüger) qui
fuyait Hitler, c'était une auberge de jeunesse qui a accueilli les petits
tibétains qui fuyaient Mao puis les petits espagnols qui fuyaient Franco
...).
Un lieu de retraite, mais aussi d'une certaine manière, de résistance.
C'est là que j'ai découvert le théâtre mais aussi l'écriture et le conte et
puis la photo, avec le
Foca universel de mon père, deux optiques (Un 50 et un 135mm) et une
cellule à main.
De cette polyprofusion j'ai fait mon métier ... Je suis travailleur
indépendant depuis 1987 si je ne m'abuse. D'abord dans des cadres d'animation
sportive socioculturelle et de loisir éducatif (en classes de découvertes) puis
trés vite en libéral, ce qui n'est pas courant pour un "animateur".
A la base j'ai une formation scientifique mais évidement suis passé par les
CREPS et l'UFR STAPS : La formation DEFA (un de ses diplômes cybernétiques
dont notre administration raffole) et je suis diplômé d'état STAPS (un DEUST)
et en plongée (BEES 1 et MF2 pour ceux qui connaissent) j'ai une formation et
un diplôme de prof de yoga délivré par l'Union Nationale de Yoga IFY via François et Josseline Lorin.
Et je retourne à l'école.
Entre autre fait d'arme j'ai conçu plusieurs système pédagogiques entre
nature et culture, dont le système de Brevet pour la Plongée enfant dans le
cadre du Rédéris Club de
Banyuls/ Mer dirigé par Gérard Puig.
Les brevets de plongée enfant sont actuellement repris par toutes les
fédérations avec peu de modifs (il s'agit de 3 brevets agrémentés de
qualifications : en lien ce qu'en a fait la ffessm).
Si je compte bien sur toute mes tentacules j'ai 12000 plongées
essentiellement pédagogiques... (J'ai arrêté cette folie et plonge désormais
uniquement avec les gens méritants et qui me supplient...)
Je vis à la Réunion depuis 1994 j'y suis arrivé avec mon sac à dos et deux
mois de chômage.
Les premiers boulots que j'ai eu ici c'est d'abord danseur sur échasse avec
la compagnie de Danse Longitude Véronique Billard, (François Gonthier, des
Pats Jaunes, m'a initié
aux longues échasses : il m'a filé ses grandes pattes de 1m20 et m'a dis
"vas y pile un peu" ... puis il est parti boire un café ... On a tout de même
entre autre dansé au théâtre de Champ Fleury à St Denis et sur la scène
glissante du théâtre de plein air de St Gilles. à cette période j'ai été un peu
photographe ... Et très vite j'ai animé beaucoup d'ateliers de théâtre et eu
plusieurs expériences fortes sur toute l'île (Par exemple Théâtre à la case
avec Les cinq d'à coté, théâtre pour enfant avec La Cie des 4 mondes, danse
avec Florence Bernard pour le 150ère de l'abolition de l'esclavage...).
J'anime les ateliers de théâtre à la MJC du tampon depuis
1995, et avant qu'elle ne disparaisse sous un parking , ensevelie par des
politiques culturelles, j'ai fait de même avec celle de St Pierre. J'y ai créé
les Cies MYAM ZAZOUS KADO et SILLAGES. Tout les ans je crée des spectacles
originaux poétiques et contemporains avec les enfants des ateliers et dans le
cadre de classes à projet artistiques et culturelles ou depuis peu, en
prison.
Et je vois ces dispositifs d'épandage de la culture et de l'art, mourir à
petit feu.
Petit à petit un rassemblement se fait jour. A presque 48 ans je commence à
comprendre à quoi je sers ... Après ma formation de prof de Yoga il y a 10 ans
déjà, je crée les ateliers de la Geste. Ils vont eux aussi dans tout les lieux
de la république. On me fait parfois dans mon entourage le reproche d'être
éparpillé mais c'est souvent le fait de personnes à qui l'on a appris que
travailler consistait à visser consciencieusement le même boulon à vie ... La
Geste c'est , justement, un art de la Réunion ...
Je suis ainsi irrésistiblement happé par une forme de subversion gestuelle
et nourri avec ténacité une capacité naturelle d'appropriation et de
synthèse : Je suis ce rassemblement de choses éparses. Par ailleurs du
point de vue d'une démarche ethnogestuelle (incluse historiquement dans le
yoga) il parait logique d'utiliser différentes pratiques en fonction du public
auquel on s'adresse. Ainsi le théâtre s'est révélé souvent "violent" pour des
jeunes adolescents en difficulté ou un peu trop aristo ! Les kamishibaï, la
BD, la photographie et la vidéo relèvent fondamentalement des mêmes structures
ou processus de création.
La Compagnie du Soi, c'est moi (c'est ce que je suis) mais pas
seulement : il y a plusieurs compagnies, des groupes de travail et des
partenaires en réseaux.
Mais tout de même "small is beautifull" : La CDS est comme moi, une
petite chose , j'aime l'intime, le secret, la discrétion.
Tous les ans la CDS est productrice de spectacles de vidéos de film de
journaux de textes de photos.
L'essentiel de ses productions est intime et relève du droit de
réserve : Par exemple peu de personnes ont lus Ti Coq Mag le journal des
jeunes de la Protection Judiciaire de la Jeunesse de St Pierre, il en va de
même avec les films présentés sous la forme d'un DVD et qui concernent les
détenus de la prison st Pierre ou des classes de maternelles ou de
collégiens.
Ainsi des films "La prophétie des papangues", "Voyage au pays des hommes
sans tête", "Ganganoulé", "Lily et Roy", "Thomas le magicien retrouve l'amour"
etc ...
Ainsi également de l’expérience photographique au collège d’Étang salé les
hauts qui a donné lieu à un port folio "L'homme dans le paysage" en 2011.
Nous ne pouvons pas diffuser ces images en grand pour des raisons de réserve
et de protection de l'enfance etc ! Peut être dans quelques
années !
Pourtant avec expérience je suis passé maître dans l'art de protéger les
identités ! Ainsi Ti Coq Mag est il "sécurisé" (Les jeunes qui font le
journal ne sont pas reconnaissables : ils ont des pseudos sont
photographiés d'une manière anonyme et dans les rares cas ou c'est nécessaire
ils ont les yeux barrés) de même, le Théâtronik à Cayenne (la maison d'Arrêt de
St Pierre) : "Voyage au pays des hommes sans tête" ne montre que des
portions de corps des dos et des contres jours.



Pour le moment il faut se contenter de visuels un peu lointains en même
temps je pense qu'on ne peut me tenir rigueur de montrer un peu le travail
accompli !
Voila : je suis aussi ce que je fais ...
C'est le credo intime des bâtisseurs de cathédrales.
Et c'est aussi celui de la Geste.
Je n'ai pas du tout l'impression de bâtir une cathédrale tout seul :
nous le faisons ensemble et cela s'appelle la civilisation.
À bientôt.
Roland